Les bonnes graisses pourraient-elles aider à lutter contre l’inflammation et ralentir la progression de la sclérose en plaques en agissant directement dans le cerveau?

Questions à Caroline Pot

Quelle est l'hypothèse de votre projet ?

Nous pensons que l’augmentation du cholestérol et de certains lipides dans le système nerveux central (SNC) pourrait avoir un effet bénéfique pour combattre la sclérose en plaques (SEP) et limiter la progression de la maladie en combattant l’inflammation directement au sein du SNC. 

En particulier, ces lipides pourraient aider à renforcer la barrière hémato-encéphalique (BHE), limitant ainsi l’entrée des cellules immunitaires dans le cerveau et réduisant l’inflammation. Ils pourraient également favoriser l’efficacité des cellules de la microglie qui seraient plus efficace pour promouvoir la remyélinisation, c’est-à-dire la réparation de la gaine protectrice des neurones.

Comment procédez-vous pour vérifier votre hypothèse?

Nous allons tester cette hypothèse grâce à plusieurs approches complémentaires. D’abord, nous allons étudier l’impact de l’hyperlipidémie sur la BHE et la migration des cellules immunitaires en utilisant un modèle murin de SEP. Ensuite, nous allons analyser les effets des lipides sur les cellules résidentes du SNC. Finalement, nous utiliserons une approche translationnelle avec l’étude des profils lipidiques de personnes atteintes de SEP, en comparant les formes poussées-rémissions et progressives avec des contrôles sains.

Qu'est-ce qui doit changer grâce à votre projet, et pour qui?

Si nos résultats confirment le rôle protecteur de certains lipides dans la SEP, cela pourrait ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques visant à moduler le métabolisme des lipides pour ralentir la progression de la maladie et favoriser la remyélinisation. 

Ces avancées pourraient bénéficier aux personnes atteintes de SEP, en particulier ceux dont la maladie progresse malgré les traitements actuels. Cela pourrait aussi conduire à des recommandations nutritionnelles ou pharmacologiques pour mieux protéger le SNC contre l’inflammation et la neurodégénérescence.

Qu'est-ce qui vous plaît particulièrement dans la recherche?

De part mes recherches, je souhaite avec mon équipe mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques qui conduisent à la maladie de la sclérose en plaques pour mieux combattre la maladie. 

Un défi majeur aujourd’hui restent de limiter la progression de la maladie et de combattre l’inflammation compartimentalisée dans le système nerveux central. Avec ce projet, je souhaite ouvrir des pistes de compréhension pour répondre à ce défi.

Décrivez votre parcours:

Je suis une clinicienne-chercheuse spécialisée en neuro-immunologie avec un fort intérêt pour la prise en charge de personnes atteintes de sclérose en plaques (SEP). J’ai suivi une formation de neurologue à Genève, en Suisse. Parallèlement à mon expertise clinique, j’ai terminé ma thèse de doctorat en médecine à l'Université de Zurich en Suisse et ai effectué un stage de recherche à la Harvard Medical School à Boston, aux États-Unis. En 2015, j’ai rejoint le département des neurosciences cliniques de l'hôpital universitaire de Lausanne.

Avec mon équipe de recherche, nous axons nos recherches sur l'établissement du rôle du métabolisme des lipides et de l'immunologie des muqueuses dans la SEP. Nous avons étudié le rôle des métabolites du cholestérol, les oxystérols, et montré qu'en plus de leur contribution aux processus métaboliques de base, les oxystérols sont liés aux processus inflammatoires. 

Plus précisément, les oxystérols produits au cours de l'encéphalomyélite auto-immune expérimentale (EAE) jouent un rôle important dans le recrutement des lymphocytes T encéphalitogènes et dans l'atténuation des réponses immunitaires anti-inflammatoires. En outre, nous avons déjà montré que l'intestin est un réservoir important pour les cellules immunitaires qui sont recrutées dans l'intestin avant de migrer vers le système nerveux central.